Ô toi l’Unicycliste,
tu t’éveilles, fils de l’aube, avec les premiers rayons de l’astre solaire. ( En fait, il est 12h54, mais bon, comme tu te dis ; "c’est toujours l’aube à quelque part sur cette planète.") Tu t’étires un peu, sous tes couvertes de lin "bio," remerciant le Bouddha de la nuit pour les magnifiques rêves qu’il t’a offert. Tu te tournes ensuite vers Marie-Chanvre, ta complice de vie, pour admirer l’orbe de nacre de son visage. ( Marie-Chanvre, que le gouvernement connaît mieux sous le nom de "Linda," n’a pas du tout un visage de nacre, rapport aux crottes de fromage qu’elle consomme sans modération.) Tu enfouis alors ton visage dans le doux buisson de sa toison d’aisselle. Quelle volupté, quel confort… quelle horeur! Un de ses poils, que tu fais semblant d’apprécier, s’est faufilé dans ta bouche! Tu retires vivement ton visage, et passe les cinq minutes suivantes à extraire l’exécrable pilosité.
Allez hop! Il est temps de sortir du lit. Tu poses sur ton nez tes lunettes parfaitement rondes, identiques à celles de ton idole : John Lennon. (Tu n’as pas vraiment besoin de lunettes, mais tu trouves qu’elles te donnent un certain panache d’intello décadent. En réalité, elles te donnent l’air d’une marmotte myope.) Un p’tit saut aux cabinets pour prendre ta douche ; activité qui consiste à t’asperger le corp de patchouli. ( Au grand dam des gens qui te côtoient quotidiennement.) Une fois bien aspergé, tu passes au salon, où tu exécutes maladroitement les quelques mouvements de Yoga que tu as toi-même créés, mouvements qui te vaudront des maux de dos effroyables, et ce dès la quarantaine. Ton corps est entraîné, il est maintenant temps de le nourrir. Tu contemples ton armoire remplie de bouffe macrobiotique avec une moue dégoûtée. Tu décides alors de profiter du sommeil de Marie-Chanvre pour sortir ta boîte de Fruit Loops de sa cachette et t’en verser un gros bol, que tu savoures à pleines cuillères. Il est tellement rigolo Toucan Sam! Et voilà, ton rituel matinal accompli, tu trépignes d’excitation à l’idée de ce qui t’attends maintenant : TA RIDE D’UNICYCLE JUSQU’AU BOULOT!!!
C’est avec une excitation non-feinte que tu vas chercher l’engin, qui trône glorieusement au milieu du salon. Tu possèdes en fait trois unicycle différents. Chaque "bête" est spécifiquement adaptée aux différents types de terrain que tu rencontres. Aujourd’hui, c’est ton "tout-terrain" que tu montes, ton favori, celui que tu surnommes "Morgoth," du nom du Dieu du mal ultime de l’univers des romans de Tolkien. (Non mais, quel ringard cet unicycliste.) Tu choisis "Morgoth" parce qu’en ce 7 Janvier 2009 une tempête de neige fait rage sur la ville de Montréal. Tu pourrais faire comme les faibles et prendre le transport en commun, mais tu préfères montrer aux bourgeois comment se déplace un vrai saltimbanque. Après un dernier bisous à Marie-Chanvre, tu dévales les marches de ton logement et émerge, tel un triomphant vainqueur, sur un boulevard Jarry chaotique et obstrué par d’immenses congères. Tu enfourches fièrement ton pur-sang, et t’élances sur la voie. Quel bonheur pour toi de braver le froid et la tempête, tu te sens comme Leonardo Di Caprio dans "Titanic." Tu es le Roi du monde!!! Jusqu’à ce qu’un enragé (en l’occurence Moi, le narrateur de ton histoire) surgisse de nulle part et t’assène un fulgurant "jumpkick à deux pieds" qui te désarçonnes de ta monture. Ne te laissant pas le temps de reprendre tes esprits, le fou furieux t’aggripe par le collet et t’hurle : " Eille esti d’hippie à marde, y’a une calice de tempête de neige dehors sacrament. Tu vois pas?!?! Même quand il fait beau t’as l’air d’un esti d’plouc sur ton calice d’unicycle, faque là je m’excuse mais tu me gosses juste trop. Fait comme tout le monde, soit en crisse, pi prend l’osti d’métro. TABARNAK." Il s’enfuit alors, aussi vite qu’il est apparu. Toi, noble et stoïque, tu remontes sur ton destrier, inébranlé, et tu t’enfonces dans le jour.
FIN